Villes Et Developpement Durable Dissertation Meaning

1. Du "développement durable" au "tourisme durable" : textes et contexte

2. Le "tourisme durable", entre discours, confusion et débuts de mise en œuvre

Le tourisme entretient une relation longue, complexe et qui s'ignore, à la durabilité, plus qu'à la "soutenabilité", pour s'en tenir à la version française du "sustainable development". Durable, le tourisme l'est en effet par son histoire, désormais vieille de plus de deux siècles. La "révolution touristique" est une "révolution durable" (Équipe MIT, Tourismes 3, 2010), en ce sens que le tourisme inventé au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle (voir l'article Le tourisme, indicateur et outil de transformation du Monde) continue de nos jours de faire vivre des lieux anciens, d'en produire de nouveaux et de mettre en mouvement des masses croissantes de populations. Cela dit, la durabilité dont il est généralement question dans le tourisme dit "durable" n'est pas historique mais plutôt prospective. On attend du tourisme aujourd'hui, face à la montée des besoins, dans une humanité quatre fois plus nombreuse qu'il y a un siècle, qu'il ne conduise pas systématiquement à un certain nombre de méfaits ou de dysfonctionnement maintes fois dénoncés : la bétonisation des rivages et des vallées, l'échange inégal, des emplois à faible qualification, des consommations excessives d'énergie, etc.

Dans ce contexte, le tourisme d'aujourd'hui et plus encore de demain se doit d'être plus respectueux à la fois de la nature, des équilibres de la société et de l'économie. Cette utopie au cœur de la notion de "développement durable", avec ses trois piliers, économique, environnemental et social, est bien présente aussi dans le tourisme dit durable. Cela dit, le "tourisme durable" constitue désormais un levier très actif de remodelage des représentations, des produits et des territoires. Une chose semble sûre, les attendus du "tourisme durable" sont à l'œuvre et vont changer les mentalités des acteurs comme les attentes des touristes, en un mot l'idée que nous nous faisons du tourisme. Et ce, d'autant plus nécessairement que les besoins touristiques de notre Monde ne cessent de progresser, de se transformer aussi. En effet, même si la crise économique et financière de 2008-2010 a eu un impact négatif sur la croissance du tourisme international, nous sommes désormais en face d'un phénomène de masse à l'échelle planétaire qui est encore amené à se développer dans les années à venir. Malgré le fléchissement du nombre des arrivées internationales en 2009 – et un léger redressement en 2010 (935 millions) – l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) maintient des prévisions optimistes en pensant que le cap du 1,6 milliard d'arrivées de touristes internationaux sera franchi au plus tard en 2020.

En fait, quelle que soit l'approximation et la réalisation de ces prévisions, l'important pour notre propos est l'existence de besoins touristiques de la planète, qui sont donc immenses et encore mal connus dans le détail, les touristes nationaux étant plus nombreux que les touristes internationaux. Ce constat de base essentiel justifie la nécessité de repenser le système touristique dans la perspective à la fois du développement qui va et doit se poursuivre et du ménagement des ressources de la Terre, autrement dit d'inscrire de plus en plus, dans les faits plus que dans les seuls mots, le système touristique dans la perspective d'un "développement durable". Le quasi doublement des flux touristiques dans les 10 ou 15 ans va obliger à adapter tous les éléments du système touristique mondial, comme les systèmes nationaux qui le constituent. Et ce, sans la nécessité de recourir à l'épouvantail du "changement climatique". Or, les solutions actuellement proposées ne sont pas à l'échelle des problèmes à résoudre.

Le tourisme durable vu par le dessinateur Chappatte

14 août 2008, www.globecartoon.com/dessin
© P. Chappatte

Du "développement durable" au "tourisme durable" : textes et contexte

À l'aube du XXIe siècle, les enjeux du "développement durable" semblent avoir investi l'ensemble des champs socio-économiques dans presque tous les pays de la planète. Chaque événement à portée médiatique mondiale est désormais prétexte à asseoir et à globaliser le concept : Jeux olympiques, Sommets de la Terre, Sommets du G20, etc.). L'énoncé des grands principes du "développement durable" [2] a donné jour à une nébuleuse de réflexions scientifiques, mais aussi économiques et politiques, l'accent étant mis en priorité sur la dimension environnementale en général et le présumé "dérèglement climatique", en particulier. Ces réflexions ont tôt concerné le tourisme : en effet, l'urbanisation touristique souvent anarchique qui suivit la Deuxième guerre mondiale fut aussi à l'origine de prises de conscience environnementales.

La montagne française, un espace pionnier de la réflexion sur le développement durable ?

La montagne française peut-elle être considérée, paradoxalement, comme un espace pionnier de la réflexion sur le développement durable ? On a souvent noté le retard de la France en matière de politique de la montagne par rapport à ses voisins alpins et même par rapport à la Grande-Bretagne (Knafou, 1985 ; Chevallier, 1995), et volontiers vilipendé le modèle français d'aménagement de la montagne (Cognat, 1973 ; Guérin & Gumuchian, 1978). C'est pourtant autour de la montagne française, surtout alpine, qu'ont émergé des préoccupations liées à la fois à l'aménagement, à la préservation de l'environnement et au développement local, parallèlement à l'explosion des pratiques touristiques.

Il faut rappeler que la hausse de la fréquentation touristique s'était accompagnée d'une intense urbanisation, peu contrôlée, au cours des années 1960. En montagne, combinée à des avalanches meurtrières (la plus meurtrière fut celle du 1er février 1970 qui, à Val d'Isère, fit 39 morts à l'intérieur même du bâtiment de l'UCPA), elle alimenta les premières campagnes de presse dénonçant spéculations, passe-droits, bétonisation outrancière. Au sein du mouvement d'urbanisation touristique qui s'empara des côtes et des vallées françaises, il convient de faire une place à part aux stations de sports d'hiver créées ex nihilo, qui se développèrent selon les modèles architecturaux innovants de l'époque (années 1960 et 1970). Elles recherchaient une intégration, non en terme de fonte dans un milieu (environnement, paysage), mais en terme d'accessibilité des pratiques et de fonctionnalités (un promoteur unique assumant la totale responsabilité du lieu, depuis sa conception jusqu'à sa gestion). Ce fut notamment le cas, dans les Alpes françaises (Knafou, 1978), des stations de sports d'hiver dites "intégrées" : Avoriaz, Flaine, La Plagne, Val Thorens, etc. Créées grâce à des investisseurs extérieurs, elles n'avaient pas le souci prioritaire des retombées locales, même si celles-ci furent nombreuses et décisives, avec le repeuplement de communes désertées et l'enrichissement de ceux qui surent tirer parti de ces créations.

Le tourisme s'est donc vu rapidement affecté par les enjeux de respect de l'environnement et de retombées socio-économiques locales, en raison de sa nature même : recherche de sites remarquables et implantation d'activités dans des localités excentrées. Avant même que l'activité ne s'empare officiellement du concept de développement durable au début des années 1990, quelques opérateurs touristiques et investisseurs avisés surent, dès le début des années 1970, sentir ces nouvelles sensibilités. Ainsi, Michel Bezançon, l'architecte qui était en charge de la station de La Plagne (2 000m d'altitude) mit au point avec son équipe la notion de "tourisme des quatre saisons" (1971). Elle impliquait une redescente en altitude des urbanisations touristiques, à la rencontre à la fois d'une fréquentation estivale plus facile à séduire et d'une société locale parée des vertus nouvelles de l'"authenticité", valeur émergente du moment.

Les stations du tourisme des quatre saisons

En 1972, le hameau presque abandonné et en partie ruiné de Montchavin, situé à l'étage des cultures et des arbres fruitiers (1 250 m) fut doté d'un habitat touristique nouveau (photo ci-dessus). Appartenant au domaine skiable de la Grande Plagne il fut le prototype de la nouvelle architecture touristique (station de quatrième génération) inspirée par l'habitat local : échelle réduite, formes rappelant les chalets, inspiration régionale piémontaise, etc.

L'année suivante, les 1 500 lits de cette nouvelle urbanisation touristique furent reliés par remontées mécaniques à la station-mère de La Plagne située 750 m plus haut. .../

/... Mais c'est en 1976, avec l'ouverture de la station de Valmorel (photo ci-dessus), que les principes de ce tourisme des quatre saisons, "durable" avant la lettre, furent mis en œuvre à une échelle plus significative, à partir de l'expérience des noyaux touristiques du bas du domaine de la Grande Plagne : Valmorel fut en effet la plus basse (1 400 m) des stations intégrées créées ex nihilo, également par l'équipe de M. Bezançon, avec le concours plus significatif de la population locale directement associée au projet.

Clichés : R. Knafou, 1974 et 1978

C'est dans ce contexte qu'émergèrent directives nationales puis lois qui, avant la lettre, contenaient les principes du "développement durable" que l'on retrouve dans la Convention alpine. Dans le contexte français, la première moitié des années 1970 a été marquée par le basculement des sensibilités et des représentations liées à l'aménagement touristique dans ses relations tant à l'environnement naturel qu'au patrimoine culturel. Si, l'affaire de la Vanoise (menaces d'empiètement d'un aménagement touristique sur la zone centrale du parc national, 1969-1971 (voir l'encadré infra) se solda par une première grande victoire des défenseurs de l'environnement, au même moment, les Halles parisiennes de Baltard étaient détruites.

Peu de temps après, en 1973, la gare d'Orsay, désaffectée, échappait à la destruction envisagée par plusieurs projets, du fait d'un classement à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Ces épisodes montrent qu'il y a eu, en France, un tournant au début des années 1970 dans le rapport entre aménagement et protection, annonciateur des principes en gestation du développement durable, avant même les effets économiques du premier “choc pétrolier” survenu en octobre 1973 qui, en montagne touristique, se traduisirent par une nette et longue mévente immobilière. Les mises en valeur touristiques furent alors réorientées, le "tout tourisme" étant jugé compatible avec le "tout patrimoine" émergent. Et la “pause” dans les urbanisations nouvelles annoncées dans le discours deVallouise par le Président Giscard d'Estaing traduisait à la fois une prise en compte des nouvelles sensibilités environnementales qui se faisaient jour dans la société française et un réalisme économique fondé sur le constat de la mévente de l'immobilier de loisirs.

La montagne française, espace pionnier dans la réflexion sur l'aménagement et la protection

Années

Initiatives

1963   

Création du parc national de la Vanoise, premier parc national en France.

1964    

Création de la Commission interministérielle d'aménagement de la montagne (CIAM) et du Service d'études et d'aménagement touristique de la montagne (SEATM). Débuts de la création des stations intégrées de sports d'hiver en haute altitude, à distance de l'habitat permanent (La Plagne, en Savoie, etc.).

1969-1971  

Affaire de la Vanoise : le promoteur de Tignes conçut un projet d'aménagement affectant un secteur de la zone centrale du parc de la Vanoise ; l'affaire devint nationale, le président de la République arbitrant finalement en faveur de l'intégrité du parc. Il en résulta la création du ministère de l'Environnement en 1971. [3]

1976 (déc.)    

Ouverture de Valmorel, station intégrée de sports d'hiver de quatrième génération, établie au niveau de l'habitat permanent

1977 (août)  

Discours de Vallouise du président Giscard d'Estaing annonçant une "pause" dans l'urbanisation touristique de la montagne mais proclamant aussi que le montagne doit être "vivante, active et protégée".

1977 (nov.)

Directive nationale d'aménagement sur la protection et l'aménagement de la montagne qui prohibe l'urbanisation en haute altitude.

1985 (9 janv.)  

Loi montagne, loi de développement durable avant la lettre :

"La montagne constitue une entité géographique, économique et sociale dont le relief, le climat, le patrimoine naturel et culturel nécessitent la définition et la mise en œuvre d'une politique spécifique de développement, d'aménagement et de protection. L'identité et les spécificités de la montagne sont reconnues par la nation." (article 1er)

1986    

Loi littoral : inspirée des mêmes principes que la Loi montagne, elle s'efforce de de concilier aménagement, développement et protection. La disposition la plus célèbre est l'interdiction de toute construction nouvelle à moins de 100m du rivage, en dehors des zones urbanisées.

1991

Convention alpine : voir infra, ci-dessous

La Convention alpine, une première initiative internationale

En 1991, la Convention Alpine, réunissant les huit États alpins et la Communauté européenne, reprit à son compte,  à travers un traité territorialisé de droit international, les objectifs du "développement durable" afin d'assurer "une politique globale de protection et de développement durable de l'espace alpin". À la recherche d'une exploitation "durable" et harmonieuse de l'arc alpin, ce traité associait à l'économie des enjeux environnementaux dont la maîtrise ne peut se faire que de façon transfrontalière. Aussi, assoit-il son fonctionnement sur l'association des échelles globale et locale, en proposant une coopération internationale relayée sur le terrain par l'implication des acteurs locaux associés aux prises de décisions. Le traité demande aussi une maîtrise des flux et des aménagements touristiques dans le respect des équilibres écologiques et des "zones de tranquillité". Il donne la priorité au développement de la qualité de l'offre touristique, mais aussi la diversification économique locale, en soutenant les activités traditionnelles agricoles, sylvicoles et artisanales. Enfin, il souligne l'importance de la formation et de l'information quant au respect de l'environnement et du patrimoine local.

Ce traité n'a pas révolutionné le développement économique, social et environnemental des Alpes, (Knafou, 1994 et 2004), ses effets étant encore beaucoup à attendre dans la mesure notamment où, si désormais tous les pays ont enfin signé les dix protocoles, l'Italie et la Suisse ne les ont pas ratifiés, cette dernière au nom du primat du développement économique sur les enjeux environnementaux (refus du Conseil national en septembre 2010). Cependant, il est important car il constitue la reconnaissance des Alpes comme entité écologique et culturelle dont les enjeux économiques, sociaux et environnementaux ne peuvent être traités qu'à l'échelle supranationale. À la suite de cette première initiative internationale associant tourisme et développement durable, fut organisée la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (appelée aussi "Sommet de la Terre") en 1992 à Rio de Janeiro. Ce rassemblement permit notamment l'adoption de l'Agenda 21 qui reconnaît l'importance des collectivités locales, niveau administratif le plus proche de la population pour mettre en place des politiques du développement durable.

L'émergence du concept de "tourisme durable"

C'est dans la perspective d'appliquer des préceptes du développement durable énoncés depuis 1987 (rapport Brundtland) que naquit, en 1995, le concept de sustainable touristic development, traduit en français par "tourisme durable". Celui-ci fut alors défini comme une "activité touristique qui respecte et préserve à long terme les ressources naturelles, culturelles et sociales et contribue de manière positive et équitable au développement économique et à l'épanouissement des individus qui vivent, travaillent ou séjournent sur ces espaces" [4]. L'adoption de la "Charte du tourisme durable" par les participants de la Conférence mondiale du tourisme durable, réunis à Lanzarote (Canaries, Espagne) en avril 1995, constitua un jalon important. Le "tourisme durable" y fut défini par 18 principes s'appropriant les objectifs du développement durable (la charte du tourisme durable de 1995, téléchargement en .pdf).

Il aspire donc à un développement raisonné, associant les acteurs du tourisme, publics et privés, les ONG et les populations locales, dans un système plus solidaire, permettant de réels développements locaux par un partage plus équitable des bénéfices et des charges engendrés par le tourisme. Par ailleurs, ce tourisme doit être aussi respectueux de l'environnement et, à cette fin, la charte recommande la mise en place d'instruments politiques, économiques, juridiques et fiscaux destinés à garantir l'utilisation durable des ressources dans les activités touristiques, à échelle nationale et internationale. Les transports et les déchets liés au tourisme seront aussi l'objet d'une attention particulière afin d'encourager des mesures visant à réduire les pollutions de l'environnement. De même est recommandé le soutien au développement de la recherche et le transfert d'informations et de technologies appropriées en matière de développement durable.

L'application des préceptes du développement durable au tourisme se caractérise donc par les coopérations internationales et par l'implication des acteurs locaux pour un modèle de développement touristique plus égalitaire, favorisant une meilleure répartition des richesses grâce à des retombées économiques importantes. Un modèle intégrant aussi à part entière les enjeux environnementaux et culturels, en gérant les ressources, en s'efforçant de limiter les impacts de l'activité touristique et en mettant en valeur le patrimoine naturel et culturel. Cette charte fut suivie, lors de l'Assemblée générale de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) en 1999 à Santiago (Chili), par l'adoption du Code mondial d'éthique du tourisme (document ci-dessous). Afin d'être un cadre de référence pour le développement rationnel et durable du tourisme mondial, ce code contient neuf articles définissant des règles générales et les aspirations de la charte et s'adressant aux gouvernements des foyers émetteurs et récepteurs de l'activité touristique, aux acteurs du tourisme publics et privés et aux touristes eux-mêmes.

La volonté politique de rassembler intérêts économiques, sociaux et environnementaux se poursuivit en 2002 par le "Sommet de la Terre" de Johannesburg organisé par les Nations Unies. Ce "Sommet du développement durable" n'omit pas les enjeux du tourisme d'autant que 2002 était aussi l'année internationale de l'écotourisme. Ce plan reprit donc les principes énoncés lors des étapes précédentes (1992, 1995, 1999) pour intégrer véritablement le tourisme au champ du développement durable en encourageant la coopération internationale, notamment par le biais des investissements, des partenariats, de l'aide et de la formation des populations d'accueil (production de produits locaux de qualité par exemple). Concernant les pays récepteurs en voie de développement, l'objectif est ainsi "d'aider les communautés hôtes à gérer leurs projets touristiques, de façon à en retirer un profit maximum tout en limitant, autant que faire se peut, les impacts négatifs sur leurs traditions culturelles et leur environnement ?" [5]. Le plan s'adresse aussi aux pays émetteurs, demandant l'élaboration de programmes d'enseignement et de sensibilisation, encourageant le public à pratiquer des formes de tourisme dites "alternatives", telles que l'écotourisme.

Ainsi, via un basculement des sensibilités collectives, la recherche de la durabilité – bien plus que de la soutenabilité – a envahi nos conceptions de la Terre et du Monde. Le tourisme, outil à la fois de connaissance idéelle et pratique de ce Monde et de puissante transformation des espaces concernés, n'y a pas échappé. Les conséquences en sont profondes pour le tourisme d'aujourd'hui et de demain : des produits nouveaux, certes, sous d'innombrables étiquettes entretenant la confusion mais aussi et surtout une double transformation en profondeur des objets, des lieux et des démarches du tourisme.

Le "tourisme durable", entre discours, confusion et débuts de mise en œuvre

Le discours fondant le "développement durable" juxtapose par définition des éléments contradictoires qui ne facilitent pas sa mise en œuvre concrète. Le secteur du tourisme qui, loin de craindre la confusion, s'y complait souvent (cf. ses statistiques fondées sur des définitions englobantes peu rigoureuses), s'est engouffré avec une certaine ardeur dans le champ de la durabilité, ne redoutant pas d'y ajouter de la responsabilité, de la solidarité, de l'éthique et toute une série de qualificatifs au gré de son évolution. Ainsi s'accroît la confusion ambiante qui fait le bonheur d'experts et de consultants rapidement recyclés de l'aménagement au conseil en durabilité, contribuant à doper le marché des guides touristiques mais aussi à faire évoluer les mentalités des consommateurs et parfois même des producteurs.

Pourtant, l'accroissement rapide des besoins touristiques dans le Monde nécessite prises de conscience, définition de solutions adaptées et mise en œuvre rapide de celles-ci, à condition de faire l'effort de penser la spécificité de la durabilité en matière de tourisme.

Le tourisme "durable" : des normes techniques pour un tourisme acceptable et accepté

Un constat préalable s'impose : le tourisme "durable" n'est pas la mise en œuvre des principes du "développement durable" dans le champ du tourisme. C'est la mise aux normes du moment du tourisme pour le rendre socialement et politiquement acceptable ou accepté. Il s'agit donc, pour l'essentiel, d'une mise aux normes techniques, voire, dans les cas les meilleurs, environnementales. Comment expliquer ce constat ? Par l'évidente facilité que constituent les mesures techniques – il est évidemment beaucoup plus facile de mettre des vélos en libre service ou d'installer des panneaux solaires que de remédier aux inégalités sociales – mais pas seulement. Aussi et surtout parce qu'il n'est pas sûr que les principes mêmes du développement durable puissent fondamentalement s'appliquer au tourisme.

Si on se réfère à la définition de la Commission Brundtland qui fait consensus, le développement durable est "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". Or cette définition vaut pour la conception classique des ressources terrestres non renouvelables, à l'instar du pétrole ou d'espèces animales ou végétales menacées, mais elle ne s'applique pas facilement au tourisme, pour au moins deux raisons : d'une part, la "ressource" touristique n'est pas une ressource comme les autres (Liu, 2003 ; Stock et al., 2003), puisqu'elle ne disparaît pas lorsqu'elle est "consommée", sauf pour une petite minorité de nostalgiques qui ne supportent pas de devoir partager des lieux touristiques avec d'autres ; d'autre part, nous ne savons rien des éventuels besoins touristiques des générations futures. Et s'il est un domaine où les besoins des générations futures servent à justifier les stratégies du moment c'est bien le tourisme car, en effet, la seule manière de ne pas compromettre ces fameux besoins des générations futures serait, dans le doute, d'arrêter toute mise en valeur touristique.

Mais il est non moins évident que dans certains territoires où le tourisme apparaît comme la seule manière d'initier un développement, la prise en compte des besoins futurs dont nous ne savons toujours rien associée au principe de précaution empêche ou compromet le développement actuel et ignore les besoins actuels des sociétés. Pour ce qui est du tourisme, on déduira que la recherche de l'équité intergénérationnelle, l'un des principes du développement durable, compromet le développement, du moins si on ignore l'historicité du phénomène et si on ramène le tourisme à la consommation d'une ressource qui s'épuise.

De plus, l'équité territoriale (Zuindeau, 2007), n'est pas davantage respectée, puisqu'il est désormais couramment admis – depuis un demi-siècle – que, pour compenser certains aménagements, d'autres lieux voisins sont privés d'aménagement, au nom d'une péréquation environnementale effectuée à un niveau régional, voire national. Ce sont là les arrangements classiques que l'on peut constater un peu partout dans le Monde mais qui, à l'heure où l'accent est souvent mis sur le développement local, lèse les uns et confère des rentes de situation aux autres. L'équité territoriale n'est donc pas davantage respectée que l'équité intergénérationnelle, ce qui implique, pour faire passer les projets comme pour les geler, des modes de gouvernance et de régulation particulièrement sophistiqués, lesquels s'appuient largement sur la dimension idéologique de la théorie du développement durable et son éprouvée capacité de pression. D'où l'importance à accorder aux discours et à leur construction.

La multiplication des étiquettes et la confusion du vocabulaire

"Tourisme durable", "tourisme responsable", "tourisme solidaire", "tourisme éthique", mais aussi "écotourisme", "tourisme de nature", voire "tourisme d'aventure", etc., sont autant d'expressions qui ont fait florès depuis une quinzaine d'années, pour qualifier des formes plus ou moins alternatives de tourisme, révélant à la fois un besoin nouveau de nos sociétés et la confusion des esprits recouvrant de nobles aspirations comme de mercantiles préoccupations.

Toutes ces appellations ne se situent pas au même niveau : le "tourisme durable" est une notion englobante qui peut se décliner à toutes les échelles, du niveau mondial au niveau local, qui s'adresse et s'applique aussi bien aux États, aux collectivités territoriales qu'aux entreprises et aux touristes. En revanche, le "tourisme éthique" ou le "tourisme responsable" ciblent principalement les comportements et les pratiques des touristes ainsi que des entreprises. "Tourisme de nature" et "tourisme d'aventure" recouvrent des produits touristiques aux contenus plus ou moins bien définis. Enfin, bien que les définitions à caractère scientifique ne manquent pas, l'"écotourisme" correspond à des réalités très différentes pouvant inclure selon les cas le "tourisme de nature", voire le "tourisme d'aventure".

Le tourisme "durable" : quelles approches internationales ?

Un groupe de travail européen [6] a défini le concept de "tourisme durable" comme cherchant à "concilier les objectifs économiques du développement touristique avec le maintien de la base de ressources indispensables à son existence. Plus précisément, il s'agit d'un tourisme qui assure un développement économique inscrit durablement dans le long terme, à la fois respectueux des ressources environnementales et socioculturelles et respectueux des hommes, visiteurs, salariés du secteur et populations d'accueil". Il s'agit là d'une définition raisonnable, susceptible d'être mise en pratique, plus sensée que celle de l'OMT : le "Développement touristique durable satisfait les besoins actuels des touristes et des régions d'accueil tout en protégeant et en améliorant les perspectives pour l'avenir. Il est vu comme menant à la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être satisfaits tout en maintenant l'intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique, et les systèmes vivants."

En effet, l'approche de l'OMT repose sur les bases idéologiques de la "capacité de charge touristique", définies théoriquement par Jean-Marie Thurot il y a maintenant trente ans, et, en particulier, sur l'idée aussi simpliste que fausse qu'une activité humaine peut se développer sans avoir d'impact, que ce soit sur le milieu naturel ou sur la société d'accueil. Le groupe de travail européen a, à juste titre, préféré une formulation plus souple, en parlant d'un tourisme qui respecterait son environnement économique et social. La notion de respect – l'un des mots-clés de notre époque – n'engageant que peu, tout réside alors dans l'interprétation qu'on en fait et dans la capacité des porteurs de projet à construire un argumentaire conforme à l'air du temps et à négocier avec leurs interlocuteurs institutionnels comme autoproclamés.

Pour notre part, nous proposons de définir le "tourisme durable" comme les différentes formes de tourisme qui, inspirées par l'idéologie de la conservation, mettent en valeur en les respectant voire en les préservant les ressources patrimoniales (naturelles, culturelles, sociales) d'un territoire à l'intention des touristes accueillis de manière à minimiser les impacts négatifs qu'ils génèrent immanquablement. La recherche de "durabilité" est donc une affaire : a) de prise de conscience ; b) de définition de principes à respecter en prenant soin de ne pas considérer la "ressource" touristique comme une ressource qui s'épuise lorsqu'elle fait l'objet d'une mise en valeur touristique ; c) de mise en œuvre de ces principes de façon à entretenir le potentiel touristique du lieu en fonction de la succession des pratiques et sensibilités dominantes.

L'écotourisme une forme de "tourisme durable"

L'écotourisme est une des formes du "tourisme durable" : "forme de tourisme qui consiste à visiter des zones naturelles relativement intactes ou peu perturbées, dans le but d'étudier ou d'admirer le paysage, les plantes, les animaux sauvages ou manifestation culturelle (passée ou présente) dans ces zones" (Ceballos-Lascurain, 1987). Selon The World Conservation Union (IUCN), "L'écotourisme est une visite, responsable au plan de l'environnement, dans des milieux naturels relativement peu perturbés, avec le but d'apprécier la nature (et toute autre dimension culturelle du passé ou du présent), qui fait la promotion de la conservation, qui a un faible impact négatif et qui permet une implication socio-économique des populations locales".

On le constate, la définition de l'écotourisme contient une ambiguïté fondatrice dont il a du mal à se sortir : en effet, cette forme de tourisme centrée sur la découverte des écosystèmes ou agrosystèmes est bien obligée aussi de s'intéresser aux hommes qui vivent en symbiose avec ces systèmes, au moins dans les territoires peu facilement accessibles d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie ou d'Océanie. D'où cette tendance, désagréable idéologiquement, à naturaliser la société comme le faisaient les explorateurs puis les colons des siècles passés, en mettant les sociétés indigènes sur le même plan que la faune et la flore… Cela dit, l'écotourisme ne se limite à ces seuls espaces d'accès difficile, représentés par exemple par la forêt amazonienne, mais c'est aussi un tourisme qui peut se pratiquer dans les pays riches et, dès lors, prend une forme de tourisme de proximité plus facilement responsable de son "empreinte écologique".

Moyen de valoriser, voire de célébrer la biodiversité, l'écotourisme permet au touriste de pénétrer dans des espaces qui naguère encore lui étaient fermés. On n'a, semble-t-il, pas encore pris conscience – surtout dans les milieux qui font la promotion de cette forme de tourisme et qui en vivent – de cette dimension perverse de la formule qui, sous couvert de bonnes pratiques et de bons sentiments, s'insinue dans les espaces les plus protégés, achevant la conquête touristique de la planète. D'où l'utilité, voire la nécessité, de prises de conscience et de modes d'emploi destinés à encadrer les pratiques touristiques et, ce faisant, à faire évoluer les comportements.

Des conseils et des méthodes pour un "tourisme durable"

L'exploitation de demandes nouvelles en matière de tourisme par le marché ont favorisé l'apparition de nombreux guides destinés à promouvoir un "tourisme durable", les uns destinés aux professionnels, les autres directement au grand public. De son côté, dans la foulée de la "Charte du tourisme durable", issue de la conférence de Lanzarote (1995), l'OMT n'a cessé de produire des documents destinés à imposer la thématique et à préciser développements et applications depuis "Le tourisme durable dans les zones protégées" jusqu'au "tourisme : catalyseur de développement durable" [7].

Beaucoup de guides destinés au grand public se présentent comme des actes militants, alors même qu'il s'agit d'actions classiquement commerciales. En France, le premier à ouvrir la voie fut le Lonely Planet qui, dès 2007, publia "Itinéraires responsables. Quelques pistes pour un autre voyage." Surfant sur son image de marque de guides destinés à un public éclairé se démarquant de "l'horrible tourisme de masse", le Guide du Routard suivit en 2008 avec la publication d'un "Guide du routard du Tourisme durable", avec le concours de l'ADEME : "Partir en vacances a forcément des répercussions, et à l'heure où l'on se préoccupe du réchauffement de la planète, de la surconsommation d'énergie, des déséquilibres Nord-Sud, le Guide du routard se doit de réfléchir à un nouveau type de tourisme, à taille humaine, soucieux de réduire et/ou à défaut de mieux contrôler son impact sur l'environnement naturel et d'être porteur de progrès sur le plan économique et social. Faire en sorte que le voyageur ne soit plus seulement un visiteur passif mais un acteur de son voyage, adoptant des comportements responsables. Vous trouverez une sélection d'adresses, loin d'être exhaustive mais suffisante pour prouver que tourisme durable peut rimer avec charme, confort et plaisir."

On voit comment la rhétorique du moment est recyclée commercialement, sans ambition excessive dans la mesure où visiblement les auteurs de ce guide ont bien compris que leurs solutions n'étaient pas à la hauteur de l'importance des problèmes à résoudre. En revanche, ce guide, comme d'autres du même genre, peut faciliter la modification des pratiques des touristes qui ne pourront pas éternellement demeurer sourds à la nécessité d'adopter un comportement plus responsable.

Des exemples ponctuels et localisés de mises en œuvre du tourisme "durable"

Les exemples de mise en œuvre d'éléments d'une politique de "tourisme durable" sont innombrables, dans des entreprises de toutes tailles, dans divers produits ainsi que dans différents lieux à différentes échelles. Même si ces initiatives sont dispersées et disparates, l'ensemble, par consolidation progressive, devrait finir par constituer une politique du "tourisme durable".

Les initiatives peuvent être de nature sectorielle. Ainsi, en France, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a multiplié les initiatives dans le champ du tourisme et des transports dont l'encadré ci-dessous rend compte.

La promotion d'un tourisme "durable" : l'Ademe s'engage

Dès 2003, l'agence a publié un "Guide de sensibilisation à l'environnement des stations de sports d'hiver pyrénéennes", contenant tout un ensemble de mesures pratiques : améliorer la gestion des déchets, préserver la qualité de l'eau et en économiser la consommation, réduire les nuisances de bruit, éviter les pollutions du sol et du sous-sol, etc.. En 2006, l'Ademe et Voyage-sncf.com ont collaboré à la création de l'EcoComparateur® des émissions de CO2 des voyageurs (voir ci-contre).

Partenaire de l'Association nationale des maires des stations de montagne depuis mai 2007, l'agence a accompagné des opérations de Bilan Carbone, soutenu des démarches de management environnemental et de sensibilisation des touristes des stations de sport d'hiver à leurs impacts.  L'Ademe participe également aux opérations Ports Propres menées en région Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Soutenus par l'Agence de l'eau et les DIREN, les labels décernés concourent à l'amélioration de la qualité environnementale des ports de plaisance PACA (gestion des déchets, qualité des eaux...).

Dans le secteur hôtelier, l'Ademe a développé plusieurs initiatives : elle accompagne une dizaine d'hôtels de la région Aquitaine dans le processus de certification à l'éco-label européen. En 2003, les gîtes de France en PACA ont développé avec l'aide de l'agence le label "Ecogites" (label décerné aux gîtes respectant démarche environnementale et sensibilisation de leur clientèle à la protection de l'environnement).

L'agence s'est aussi engagée à promouvoir certaines démarches innovantes du programme "Earth Guest" (du groupe Accor), afin de permettre une meilleure diffusion des bonnes pratiques à l'ensemble de la branche hôtellerie, restauration et discothèques (voir ci-contre). Ce programme, qui répond à la devise "la Terre nous accueille et nous accueillons le monde", est un conglomérat de programmes divers mais politiquement très corrects : actions contre le tourisme sexuel, le SIDA, pour le commerce équitable, la construction d'hôtels solaires, charte Environnement de l'hôtelier, etc.

Dans le domaine des transports et des mobilités, sources majeures d'impact de l'activité touristique, les outils de calcul et de comparaison se sont multipliés sur le web. Ces outils, qui ont des fonctions indéniables de communication et de promotion des entreprises initiatrices, font parfois des efforts réels de vulgarisation scientifique.

L'écoComparateur du site Voyages-sncf

http://ecocomparateur.voyages-sncf.com

Earth Guest : "La Terre nous accueille et nous accueillons le monde"

Lancé en 2006 pour fédérer les initiatives du Groupe en matière de responsabilité sociétale et environnementale, le programme "Earth Guest" est une réponse concrète à la montée des préoccupations sociétales et environnementales ainsi qu'aux fléaux sanitaires qui nous menacent." (groupe Accor).

www.accor.com/fr/developpement-durable.html

L'Ademe s'est aussi engagée à promouvoir certaines démarches innovantes du programme "Earth Guest", du groupe Accor (encadré ci-dessus). Une partie des initiatives d'Accor est constituée de mesures très concrètes, d'échelle individuelle modeste (changer les ampoules, réduire la consommation d'eau ou de cosmétiques) mais qui, cumulés pour l'ensemble du groupe, présentent des résultats non négligeables. En revanche, on ne peut en dire autant de certains discours de ce même groupe, montrant qu'il est plus facile de changer la composition des savons et des shampoings que de gérer le devenir de grands sites : "1,8 M de touristes visitent chaque année la Grande Barrière de Corail au large de l'Australie. La beauté d'un site naturel attire les visiteurs, si bien que les hôtels de tourisme se retrouvent souvent implantés dans des écosystèmes fragiles. Pour sa part, Accor s'engage pour la préservation de l'environnement naturel en mobilisant régulièrement ses équipes." (voir la rubrique "Biodiversité" des "Priorités Eco" sur le site web)

Les lieux traditionnels du tourisme "de masse" s'efforcent aussi de répondre aux enjeux du développement durable. À l'échelle locale, on ne compte plus les stations, quartiers de stations ou lotissements touristiques qui se sont engagés sur la voie du "tourisme durable" via des réalisations inégalement ambitieuses.

On ne sera pas étonné de constater que les parmi les premières initiatives on trouve une commune de Majorque, Calvià, les Baléares présentant la caractéristique d'une réactivité au marché très supérieure à la moyenne des lieux touristiques. Dès le début des années 1990, la commune – l'une des plus urbanisées touristiquement de Majorque – s'engagea dans une politique très volontaire d'amélioration des infrastructures (en particulier le rejet des eaux usées), de récupération d'espaces publics en front de mer (dynamitage d'un hôtel racheté par la commune) et d'habile communication autour de cette nouvelle politique [8].

À l'instar de Calvià, les lieux traditionnels du tourisme dit "de masse" se voient désormais contraints d'intégrer la nouvelle politique du développement durable, ce qu'ils font avec plus ou moins de bonheur. En France, on observe une véritable adaptation des stations à ces nouvelles législations, mais plus encore, à cette nouvelle sensibilisation de ses clientèles.

La Baule, une station touristique urbanisée et protégée

La Baule, notamment, qui se caractérise par une urbanisation très concentrée sur son littoral, se démarque aussi par l'importance qu'elle accorde à la qualité de son environnement : politique de l'arbre permettant la conservation d'une dense pinède qui participe à l'identité de la station ; très important investissement dans le nettoyage des plages ; acquisition, en 2006, d'une Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) protégeant son patrimoine urbain.

Carte postale, Sylvine Pickel

Fos-sur-mer, surtout connue comme port industriel, obtient aussi depuis plusieurs années le convoité Pavillon Bleu, récompensant une forte implication dans la gestion de l'eau, des déchets (présence de déchetterie, tri sélectif…) et de son environnement en général (urbanisme, aménagement des plages pour accueillir les personnes à mobilité réduite, protection et gestion des espaces naturels, sensibilisation et d'éducation à l'environnement).

Les stations touristiques se sont aussi lancées dans des démarches de certification environnementale. Dans les Alpes françaises, Les Ménuires et Montgenèvre ont ouvert la voie (ISO 14001 et Qualité Sécurité Environnement [9]). Les bilans d'émissions de gaz à effet de serre se multiplient. Certaines stations en arrivent à des mesures compensatoires, comme c'est le cas d'Arosa (Suisse) ou bien d'Aspen (États-Unis) où, depuis 2000 près de 200 stations se sont engagées dans une réduction de leurs impacts environnementaux et climatiques (approvisionnement en énergies renouvelables, architecture de haute-qualité environnementale, etc.) avec la charte Sustainable Slopes de la National Ski Areas Association (NSAA) (Bourdeau, 2008).

Des politiques nationales qui favorisent l'écotourisme

À l'échelle nationale, le Costa Rica est probablement l'exemple le plus célèbre de destination écotouristique. Le pays qui, avec près de 2 millions de touristes par an, est la première destination touristique d'Amérique centrale s'est lancé dans le tourisme en général et l'écotourisme en particulier à la suite de la crise de ses ressources traditionnelles (le café et la banane), au cours des années 1980. Dans les faits, l'intérêt à l'égard d'une nature riche (la densité faunique et floristique y est bien plus grande que dans les pays connus pour leur biodiversité) et peu modifiée a précédé la mise en tourisme. Ainsi, à la faveur d'initiatives nord-américaines relatives à la conservation comme à l'exploitation des forêts tropicales, émergea l'intérêt pour la nature tropicale, si bien que l'Institut costaricien du tourisme (Instituto costarricense de turismo, ICT) créé en 1995, œuvra en faveur de la création de parcs nationaux, liant organiquement conservation de la nature et fréquentation touristique. (...)

(...) Ainsi le Costa Rica a vu sa fréquentation touristique s'envoler et le tourisme est devenu le premier poste économique avant l'agriculture ! Destination de pointe en matière d'écotourisme, le Costa Rica doit gérer son succès, c'est-à-dire une fréquentation souvent massive, liée notamment à l'arrivée de navires de croisières, sur des littoraux qui commencent à être par endroits transformés par l'économie touristique (golfe de Papagayo), dans une nature protégée. (...) Au demeurant, à l'heure actuelle, sur le plan de l'écotourisme et plus largement du "développement durable", la stratégie costaricaine semble avoir été largement payante et cette destination demeure la référence internationale incontournable en matière d'écotourisme et de développement touristique jusqu'à présent à peu près contrôlé.

Mais on concevra que ce fonctionnement, ajouté à la massification des flux, justifie des critiques internes à l'égard de cet écotourisme et la promotion d'autres formules, plus artisanales mais qui se veulent plus conformes au modèle idéal, tel, par exemple, "l'agrotourisme communautaire" qui permet à des agriculteurs et artisans de recevoir en petits groupes des touristes étrangers afin de les initier à la véritable culture locale. Et ce, dans l'attente probable, si le succès de cette formule vient, d'une autre forme qui se présenterait comme moins dévoyée, chaque forme nouvelle de produit, dans la sphère écotouristique, prenant généralement soin de commencer par faire le procès en insuffisance d'authenticité et d'orthodoxie de celle qui l'a précédée.

Dans les pays en développement, aux enjeux de la conservation environnementale et culturelle s'ajoute la question cruciale d'une meilleure répartition des produits du tourisme, les élites au pouvoir ayant parfaitement su monopoliser la rente touristique. Une réponse de long terme passe notamment par la formation de cadres. Ainsi, en Indonésie, le gouvernement investit actuellement dans les écoles et les universités offrant des formations spécialisées dans le tourisme et l'hôtellerie. Il octroie des bourses aux étudiants, mais aussi aux enseignants de ces formations (dont le niveau n'excède pas généralement la Licence), afin qu'ils se perfectionnent au sein de leurs institutions et à l'étranger (accord notamment avec des universités australiennes et françaises). L'objectif du gouvernement est de multiplier les cadres locaux, à même de contribuer à l'orchestration du développement touristique présent et à venir sur ses îles – notamment sur Bali.

Conclusion

Pour l'essentiel, le "tourisme durable" oscille à l'heure actuelle entre tentatives et pratiques très minoritaires, voire encore marginales, et politiques de marketing des collectivités territoriales comme des entreprises qui communiquent beaucoup sur le thème bien plus qu'elles ne le mettent en pratique. Autrement dit, pour l'instant, si le "tourisme durable" est omniprésent dans les discours, il l'est encore peu sur le terrain ; et lorsqu'il l'est, c'est à travers des mesures ou des réalisations sectorielles qui ne mettent presque jamais en œuvre la globalité et l'ambition du concept de base.

Par ailleurs le tourisme durable est-il "rentable" ? Le tourisme étant à la fois un enjeu de société, une opportunité de rencontre (y compris entre cultures différentes), une manière de s'éduquer au Monde et donc de le voir autrement, mais aussi une source de richesse matérielle considérable, on ne nous en voudra peut-être pas de conclure par une question aussi triviale. Une question qui, pourtant, conditionne largement le succès ou l'échec des objectifs du "tourisme durable" car, si les touristes n'adhèrent pas vraiment à ces principes, ce tourisme demeurera un tourisme de niche pour militants convaincus de la justesse de leur thèse.

Sur cette question, la littérature scientifique est déjà abondante, tant sur le plan théorique qu'empirique (Muir-Leresche et Nelson, 2000; Zhang et Jensen, 2000 ; Ashley et Elliott, 2003; Creaco et Querini, 2003; Freytag et Vietze 2009 et 2010). Leurs conclusions sont nuancées, voire contradictoires. La "nature" en général, la biodiversité en particulier, y sont bien présentées comme des facteurs qui influencent la demande. Et ce, même si l'association de la protection de l'environnement et du développement n'est pas toujours perçue comme allant de soi, surtout dans les pays pauvres, en quête d'essor d'économique. De même, pour nombre de militants de la cause environnementale, l'innocuité du développement touristique en matière de biodiversité reste à démontrer.

Or, pour nombre d'auteurs, l'enjeu se situe justement dans ces pays en développement, dans la mesure où le "tourisme durable" peut y être conçu comme une opportunité d'accéder d'emblée à un type de développement plus maîtrisé et moins perturbateur des milieux concernés, sans passer par les erreurs ou les excès du tourisme de masse des dernières décennies du XXe siècle. Mais, pour le moment, les études de cas empiriques dont nous disposons nous montrent plutôt une cohabitation plus ou moins déséquilibrée entre "bon" (surtout à destination des catégories les plus riches de la population mondiale des touristes) et "mauvais" tourisme. Le vertueux "tourisme durable" conserve donc encore une dimension utopique, au moins tant qu'il y aura des sites à mettre en tourisme.

Notes

[1] Rémy Knafou, université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne et Sylvine Pickel, université d'Angers

[2] Sur l'origine du concept, nous renverrons à d'autres sources, en particulier le dossier de Géoconfluences (nouvel onglet), Le développement durable, approches géographiques.

[3] Lionel Laslaz, La contestation des Parcs nationaux alpins français, Chronologie et typologie des conflits autour des Parcs nationaux alpins français

[4] Council of Europe, Naturopa, n°84, p.7, 1997

[5] Rapport final du Sommet de la Terre de Johannesburg, 2002

[6] Chantal Merchadou (rapporteur),  La promotion de la protection de l'environnement et du développement durable en matière de tourisme. Vers un agenda 21 européen du tourisme, juin 2001.

[7] Quelques publications de l'OMT sur le “tourisme durable” : Agenda 21 for the Travel and Tourism Industry (1997) / Le tourisme rural : une solution pour l'emploi, le développement local et l'environnement (1997) / Développement d'un tourisme durable – guide à l'intention des planificateurs locaux (1998) / Développement durable du tourisme – bibliographie annotée » (1999) / Code Mondial d'Ethique du Tourisme (2000) / Développement durable du tourisme : Une compilation des bonnes pratiques (2000) / Le tourisme dans les pays les moins avancés (2001) / Le tourisme et la réduction de la pauvreté (2002) / La valorisation de l'apport économique du tourisme pour les communautés locales et la réduction de la pauvreté (2002) / Le tourisme durable dans les zones protégées (2002) / Initiatives volontaires en faveur du tourisme durable (2002) / Le tourisme : catalyseur de développement durable (2002) / Le développement durable de l'écotourisme : une compilation des bonnes pratiques des PME (2003), etc.

[8] Les dates-clés du tourisme durable à Calvià :

  • Février 1996 : accord en vue du développement d'un agenda 21 local
  • Juillet 1996 : déclassification de 1 350 ha de sols urbanisables
  • Avril 1997 : Approbation de la "Declaración de Calvià" sur le "Turismo y Desarrollo Sostenible" (tourisme et développement durable)
  • Novembre 1997 : la commune est lauréate du prix des "villes durables"
  • Juillet 1998 : adoption de dix dispositions stratégiques destinées à planifier la réhabilitation intégrale des lieux urbanisés de la commune, etc.
     

[9] La mise en place d'un Système de Management Environnemental (SME) peut être un atout pour les organismes qui en font le choix. La famille ISO 14000 traite de divers aspects du management environnemental. La certification volontaire ISO 14001 permet de faire reconnaître les bonnes pratiques environnementales auprès des parties intéressées : clients, investisseurs, assureurs, fournisseurs, riverains ou pouvoirs publics.

Références bibliographiques citées

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  • Bertho Lavenir C. - La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Edition Odile Jacob, Paris, 1999
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Références webographiques

  • Le dossier "Le développement durable, approches géographiques"
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    • Tourism and Environment Programme, www.unep.fr/scp/tourism
    • Trois ans de parcours pour le tourisme durable, www.unep.fr/scp/tourism/activities/taskforce/pdf/FINALREPORT2009_version_francais_final.pdf
      • Rapport consacré au processus de Marrakech qui fait l'inventaire de programmes d'action et de "bonnes pratiques".
    • La campagne "Passeport vert" est une initiative du Groupe de travail international sur le développement du tourisme durable né du Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) de Johannesburg en 2002 et de la mobilisation pour une consommation et une production durables (CPD) qui en est issue et qui a abouti au "processus de Marrakech" en 2003. www.unep.fr/greenpassport. 
  • Le Partenariat pour les critères mondiaux de tourisme durable (CMTD - Partnership for Global Sustainable Tourism Criteria / GSTC) est une coalition de plus de 30 organismes qui intègrent la durabilité dans le tourisme. Il s'efforce d'apporter des orientations et des critères clairs pour toute entreprise du tourisme soucieuse de Responsabilité sociale et environnementale (RSE), articulés autour des thèmes suivants : gestion efficace de la durabilité ; maximisation des avantages sociaux et économiques pour la communauté locale ; réduction des impacts négatifs pour le patrimoine culturel et le patrimoine écologique. Le partenariat CMTD élabore des documents éducatifs et des outils techniques afin d'aider les hôtels et les voyagistes à mettre en œuvre les meilleures pratiques de tourisme durable.www.gstcouncil.org/
  • Sustainable Travel International http://sustainabletravel.org/
  • Responsible Travel Report /www.responsibletravelreport.com/travel-green/green-travel

  • The International Ecotourism Society | Uniting Conservation, Communities and Sustainable Travel

    https://www.ecotourism.org/

  • Sustainable Tourism Destinations: A Pathway for Tour Operators Liane Fredericks, Roman Garstea, Sergio Monforte School of Engineering Blekinge Institute of Technology Karlskrona, Sweden 2007/08 www.bth.se/fou/cuppsats.nsf/.../Master_Thesis_Sustainable%20Tourism%20Destination.pdf
  • Concernant les Alpes :

pour Géoconfluences le 4 février 2011

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Mise à jour :  04-02-2011

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L'urbanisation est un mouvement historique de transformation des formes de la société que l'on peut définir comme l'augmentation du nombre de ceux qui habitent en ville par rapport à l'ensemble de la population. C'est donc un processus de développement des villes et de concentration des populations dans ces dernières[1]. Le processus spatio-temporel de l'urbanisation se fait différemment selon les pays et les villes. L'urbanisation peut se faire autour de villes déjà existantes, généralement dans des territoires jugés attrayants ou pour des raisons culturelles et historiques (capitales) ou religieuses (La Mecque, Lourdes...), ou sur des zones commercialement, industriellement ou militairement stratégiques (ex : bases militaires). Certaines villes champignons sont nées autour de ports et d'industries positionnés autour de ressources minérales, énergétiques ou humaines (main-d'œuvre bien formée, et/ou bon marché). L'urbanisation présente un caractère exponentiel (nettement avéré depuis les années 1800) qui semble être vécu comme une fatalité par la plupart des gouvernements et aménageurs. En 2007, on estime que le taux d'urbanisation mondial dépasse les 50%[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire urbaine, Ville au Moyen Âge et Renaissance du XIIe siècle.

De nombreux débats existent quant à l'apparition des premières villes.

Les premières villes importantes connues apparaissent à la fin du Néolithique, avec la culture de Cucuteni-Trypillia à partir de la fin du Ve millénaire avant notre ère, en Ukraine, Roumanie et Moldavie. Ces villes pouvaient atteindre plus de 15000 habitants et plusieurs kilomètre carrés, elles étaient très planifiées et organisées en plan elliptique concentriques[3].

Ensuite de grandes villes apparaissent dans l'Antiquité ancienne en Mésopotamie. On connait notamment la ville d'Uruk ou de Jéricho. Les villes se diffusent ensuite dans la vallée du Jourdain, la vallée de l'Indus, la vallée du Nil et du Yangzi Jiang. Autour de 1000 avant J.C. les villes se diffusent vers l'Amérique centrale. Plus tardivement, le modèle de la ville fait son apparition au Sud de l'Europe.

Un mouvement croissant d'urbanisation a lieu en Europe au Moyen Âge, à partir du Xe siècle, notamment avec le développement des bastides en France, un premier mouvement de regroupement vers les villes. Une classe bien spécifique de la population apparaît. On l'appelle la bourgeoisie (au sens d'habitants du bourg). C'est aussi dans les villes que se concentrent la construction des grandes cathédrales gothiques et la fondation des premières Universités (comme la Sorbonne à Paris fondée en 1253). La plupart de la population au Moyen-Age est une population rurale[4].

C'est surtout la nette augmentation des populations urbaines après 1800 du fait de l'industrialisation et l'exode rural qui permet au terme d'urbanisation de devenir un terme générique[4].

À titre de comparaison, pourcentage de la population mondiale habitant en ville :

  • 1800, 3,4 %
  • 1900, 15 %
  • 1950, 30 %
  • 2007, 50 %
  • 2015, 69 %

En 2007, le taux d'urbanisation atteint le seuil historique de 50 %, la population urbaine dépasse la population rurale[2],[5].

Au rythme actuel et d'après les projections de l'ONU, 65 % de la population sera urbaine en 2025, et plus de 80 % dans de nombreux pays. Il y a déjà en 2000, 213 villes de plus d'un million d'habitants, et 23 métropoles de plus de 10 millions d'habitants. A titre de comparaison, en 2017, plus de 600 villes ont plus d'1 millions d'habitants et 46 villes plus de 10 millions d'habitants[6]. Selon l’ONU (FNUAP), la population urbaine pourrait encore doubler d'ici 100 ans. Entre 1900 et 2000, la population urbaine a été multipliée par 20 alors que la population mondiale se contentait de quadrupler.

Dans les années 1960-1970, les taux de croissance de nombreuses agglomérations atteignaient les 7 à 8 % annuellement, ce qui donne un doublement de la population en 10 ans. Aujourd'hui, les mêmes agglomérations ne s'accroissent plus que de 1 à 3 % par an. Les chiffres de population les plus récents montrent en effet, tous sans exception, une baisse très importante de la croissance démographique urbaine. Pour autant, l'augmentation de la population dans les villes n'est pas terminée, celle-ci reste largement positive et les taux s'appliquent à des effectifs énormes : 2 % supplémentaires par an représentent tout de même 30 000 habitants pour une agglomération de 1,5 million d'habitants.

Les raisons de l'urbanisation[modifier | modifier le code]

De nombreux facteurs historiques, politiques et socioculturels peuvent expliquer l'urbanisation croissante :

L'exode rural et le développement d'une société tournée vers l'industrie et les services ont fait des centres urbains la source principale d'emploi salarié. L'attrait culturel et politique des villes, en particulier des capitales, encourage l'arrivée de nouveaux habitants, malgré des hausses chroniques de loyers et de prix du foncier. Ce prix encourage une densification des constructions et l'exploitation du sous-sol (stationnements, garages et commerces parfois)

Les décisions politiques relatives à l'aménagement du territoire encadrent le développement des villes existantes ou créent ex nihilo des villes nouvelles. Le plan d'occupation des sols (ou POS) ou plus récemment, le plan local d'urbanisme (ou PLU) assorti du Projet d'Aménagement et de Développement Durables (PADD), sont en France les principaux outils permettant aux collectivités d'appliquer ces politiques. Les techniques d'urbanisme orientent durablement l'occupation de l'espace dans les villes, les élus et techniciens étant par ailleurs confrontés à de nombreuses pressions contradictoires des habitants, commerçants, industriels, aménageurs, etc.

L'attrait touristique de certaines régions très ensoleillées (héliotropisme), enneigées en hiver ou proches de la mer a conduit au développement d'un habitat dense. On parle de mitage ou d'étalement urbain, voire de bétonnage du littoral pour décrire une occupation progressive et inéluctable de certaines vallées et littoraux. Le terme de baléarisation désigne par exemple la construction d'immeubles fonctionnels sur l'intégralité du front de mer pour accueillir de façon massive les touristes. L'urbanisation détruit alors le paysage même qui l'a fait naître. La côte d'Azur, par exemple, présente une ligne de côte très urbanisée. Le littoral y est urbanisé à près de 95%[7]. On établit depuis quelques années des liens entre des risques naturels et sanitaires (inondations, incendies, pollution de l'air...) et le fort taux d'urbanisation qui impacte sur les espaces naturels et la biodiversité.

Les modes d'urbanisation[modifier | modifier le code]

La morphologie urbaine permet d'étudier les différentes formes d'urbanisation. Les villes peuvent se développer grâce à la ERP de façon verticale ou horizontale, voire les deux à la fois. Le développement horizontal est tantôt concentrique, dendritique, ou linéaire (fréquent dans les vallées, ou sur le bord d'axes importants), ceci en fonction du contexte biogéographique, politique ou historique (incluant l'évolution des conditions historiques de propriété). L'urbanisme s'appuie généralement sur l'existant, sur le réseau de transport et sur un ou plusieurs centres ou pôles (développement multipolaire). De nombreuses villes nouvelles ont été créées dans les années 1960 en France suite à la politique des villes nouvelles (comme Lille-Est, Évry ou Cergy-Pontoise par exemple).

Hormis dans le cas de villes champignons liées à la découverte de filons d'or, de ressources rapidement épuisées, ou dans le cas de cités touchées par les retombées de Tchernobyl, depuis les années 1700, il est rare que les villes se stabilisent, disparaissent ou décroissent. Même Hiroshima et Nagasaki, ou les villes rasées durant la Première Guerre mondiale ou durant la Seconde Guerre mondiale, ou lors d'autres conflits ont rapidement été reconstruites et se sont développées. Ce n'est pourtant que dans les années 1970 avec les villes nouvelles, et dans les années 1990 que les urbanistes ont commencé à réfléchir aux conditions de soutenabilité du développement urbain. Et il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître les premiers quartiers HQE (Bedzed par exemple à Londres) et 2006 pour le premier projet de ville HQE (en Chine).

Impacts socio-économiques, culturels et environnementaux[modifier | modifier le code]

L’urbanisation est un phénomène actuel important puisqu’il concerne plus de la moitié de la population mondiale depuis 2008 et concernera d’ici 2050 près de 70 % de cette dernière[8]. Cela en fait un sujet de plus en plus difficilement détachable du développement des différentes sociétés mais aussi de l’environnement[9]. L’urbanisation entraîne, en effet, de nombreuses conséquences tant positives que négatives dans ces domaines. Il est de ce fait apparu que l’augmentation du nombre d’urbains pouvait être intimement liée au développement d’industries, de services à la population, de moyens de transport mais risquait également d’entraîner une homogénéisation des modes de vie, une augmentation du CO₂ produit, une dégradation des sols et des conditions de vie, etc.[8],[9]. Il apparaît donc pertinent d’étudier l’urbanisation, la manière dont elle est gérée par les autorités publiques et les conséquences qui en découlent. Si celle-ci est aujourd’hui mondiale, son intensité varie d’une région à l’autre. Cette différence se voit notamment entre les pays développés qui semblent être au terme de ce phénomène d’évolution urbaine et les pays en développement qui se trouvent au cœur de cette évolution[8]. Il est alors légitime de se demander si la différence d’urbanisation entre les pays développés et les pays en voie de développement résulte juste d’un décalage dans le processus d’urbanisation et donc d’un simple retard de la part des pays du sud où s’il existe une nouveauté radicale des processus urbanisant ces derniers. La première hypothèse semble difficilement tenable. En effet, bien que les continents asiatique et africain aient un niveau d’urbanisation bien inférieur à celui des pays occidentaux, leur taux d’urbanisation est plus de deux fois plus intense que celui enregistré dans les moments forts de la croissance urbaine des pays développés[8].

Il peut résulter des processus d'urbanisation des conséquences diverses en termes d’organisation sociale. L'urbanisation a des conséquences en terme d'organisation sociale car elle reflète les processus d'organisation de la ville. Elle peut se dérouler de différentes manières et regrouper spatialement différentes classes de la société (par exemple on parle d'urbanisation spontanée pour désigner l'apparence d'habitations informelles comme les slums en Inde). Elle est donc un des causes de la ségrégation urbaine. L'urbanisation a aussi de nombreuses conséquences en termes de conséquences environnementales. En Italie, par exemple, on parle de « consommation des sols »[10] pour désigner l'artificialisation et la forte construction côtière. Une urbanisation excessive engendre des risques (fragilisation des sols, pollutions, pillage des ressources naturelles...)[2]. Les autorités peuvent chercher à répondre à ces risques grâce à des Plans de Préventions des Risques (PPR) ou à l'octroi de permis de construire dans des zones sures.

Quatre pays pour quatre situations[modifier | modifier le code]

Il existe de grandes différences entre les différents taux d’urbanisation des pays du monde. Il existe également de grandes disparités dans l’évolution de ce taux d’urbanisation. Il est cependant possible de considérer quatre cas généraux qui représentent des types d’urbanisations différentes. Il y a les pays développés comme la Belgique qui ont démarré leur urbanisation rapidement dans l’histoire et qui ont eu une évolution plutôt lente. Les pays en développement ou émergeant d’Amérique latine, comme le Brésil, qui ont des taux d’urbanisation très élevés à l’heure actuelle. Les pays en développement ou émergeant d’Asie tel que la Chine qui connait une très forte croissance de son urbanisation et qui tend à la contrôler de façon drastique. Et enfin, les pays africains qui développent une très forte croissance urbaine sans la planifier. Chaque type d’urbanisation a ces impacts sociaux-économiques, culturels et environnementaux.

Belgique[modifier | modifier le code]

La Belgique a vu une évolution de son niveau d’urbanisation à la suite d'une forte immigration interne vers les centres urbains due à une série de bouleversements économiques, industriels, technologiques, sociaux et politiques insufflés par la révolution industrielle. Le pays fait sans conteste partie des pays actuellement reconnus comme développés. Son urbanisation est donc relativement caractéristique des processus qui ont poussé à l’urbanisation dans les sociétés développées. Ces processus sont, comparativement avec les pays en développement, lents puisqu’ils s’étalent sur plus de deux siècles. Ces différents processus vont avoir des impacts différents sur les populations et leur façon d’occuper l’espace ainsi que sur l’environnement.

L’urbanisation belge est caractérisée par quatre grands processus : l’urbanisation des centres, la suburbanisation, la périurbanisation, la réurbanisation.

La première phase d’urbanisation est une phase de croissance importante du nombre d’habitants dans les centres urbains. Ce processus prend place dès l’indépendance de la Belgique et opère durant une grande partie du XIXe siècle. Il est en effet possible d’observer des taux de croissance de 2 % dans les centres urbains alors que l’accroissement naturel de la population n’est que de 1 %[11]. La ville est donc le théâtre de migrations importantes. Ces migrations sont le résultat d’un exode rural, lui-même dû à deux facteurs. Il y a d’une part la forte période d’industrialisation que connait la Belgique à l’époque et d’autre part, un rejet de la campagne à la suite de la crise agricole[12]. La ville représente alors le symbole de l’industrialisation puisqu’elle est un lieu de concentration d’emplois, de moyens de transport, etc. De par l’industrialisation, il va y avoir un déplacement important de la population flamande qui occupait alors une campagne surpeuplée et tournée vers la production de textiles en direction du bassin industriel wallon (bassin Sambre et Meuse) valorisé par ses charbonnages et ses industries sidérurgiques ainsi que vers l’axe Bruxelles-Anvers valorisé par sa zone portuaire[12]. Cette densification de l’habitat urbain sous impulsion de l’industrialisation a des conséquences néfastes sur la qualité de l’environnement et de la santé. La concentration dans des espaces réduits d’une forte pollution en carbone et en métaux lourds dégrade fortement l’environnement et la santé des populations résidents dans les villes[13].

La deuxième phase d’urbanisation est appelée suburbanisation. En raison d’un surplus démographique dans le centre urbain, il y a débordement des populations en dehors des limites de la ville et développement d’une première couronne d’habitats autour du centre urbain. Durant cette période qui couvre la première moitié du XXe siècle il y a un très fort développement des faubourgs grâce à des travaux d’assainissement et le développement des moyens de transport[11].

La troisième phase d’urbanisation belge, qui débute dans la deuxième partie du XXe siècle, est appelée la périurbanisation. Elle est le résultat d’une diminution des populations habitant le centre-ville et de la croissance des populations habitant de plus en plus loin de ces centres urbains[11]. Les raisons de cette migration de la population vers l’extérieur sont principalement économiques et culturelles. Dès 1950, la Belgique entre dans la catégorie des pays reconnus pour leurs hauts salaires. Or, l’augmentation du niveau de vie induit de nouveau standard d’habitation[14]. Le modèle culturel et traditionnel de l’habitat familial belge est constitué d’une maison pavillonnaire en milieu rural où il fait bon vivre pour élever ses enfants. Avec l’augmentation du niveau de vie, ce modèle devient accessible à un plus grand nombre. Le développement des infrastructures de transport vers la capitale (autoroutes, etc) va fortement favoriser ce mouvement des populations vers la périphérie. De plus en plus de migrations pendulaires, c’est-à-dire de migrations du lieu de résidence vers le lieu de travail, sont observées. Durant cette période, les maisons prenant de plus en plus de place, il y a une forte augmentation de l’espace consommé par l’habitat[14]. Cet étalement urbain n’est bien évidemment pas sans conséquence d’un point de vue environnemental. L’augmentation du trafic, du réseau de transport et des zones d’habitats a pour conséquence la fragmentation des terres, la perte de la biodiversité, la modification des cycles hydrologiques entrainant des inondations et la perte de caractéristiques paysagères[15]. Nous pouvons également assister à une gentrification de la population. Les populations les plus pauvres socio-économiquement auront une plus grande tendance à habiter les centres villes, contrairement aux classes moyenne et supérieure qui recherchent l’espace en périphérie.

La quatrième phase qui semble se dérouler actuellement et depuis la fin du XXe siècle est une phase de réurbanisation. Il semblerait que le Belge a de nouveau tendance à chercher à vivre plus près des centres urbains. Plusieurs raisons peuvent être avancées. La crise pétrolière et l’augmentation des frais de transport ainsi que la crise de l’emploi et l’augmentation du prix des loyers incitent sans doute à vivre dans un espace moins grand et plus proche des lieux d’emplois[11]. À cela s’ajoute que la limite entre l’espace urbain et l’espace rural n’est plus évidente à tracer. On remarque en effet que culturellement, le monde rural n’est plus associé à la seule production agricole ou agraire mais bien à la fonction d’habitat, de loisirs, de vie professionnelle, etc. Le modèle culturel de la ville et la campagne semble donc de moins en moins marqué sur le territoire belge[16]. Il est évident qu’il va falloir prendre en compte la fragmentation des écosystèmes dans les politiques d’urbanisation conduites à l’avenir. L’espace de plus en plus urbain et de surcroît de moins en moins rural empêche la dispersion d’un grand nombre d’espèces et empêche ainsi non seulement le développement de celles-ci mais également leur survie. Une politique de préservation des espaces ruraux sera donc indispensable au maintien des écosystèmes[17].

Brésil[modifier | modifier le code]

Le Brésil est un des pays ayant un niveau d’urbanisation le plus fort au monde avec des grandes villes telles que Sao Paulo ou Rio de Janeiro. L’urbanisation du pays a commencé dans les années 1940 et le phénomène n’a pas cessé de s’amplifier jusque dans les années 1980, avant de connaître un léger ralentissement notamment dû à la baisse de la natalité du pays[18]. Les chiffres sont sans appel, si en 1940 seulement 26 % de la population brésilienne vivait en ville, les citadins représentaient plus de 72 % au début des années 1990[19]. Le pays représente donc la classe des pays émergents qui ont connu une urbanisation relativement tôt dans l’histoire et qui en à peine quarante ans ont vu leur taux d’urbanisation exploser. Cependant, ce processus particulier et rapide d’urbanisation n’a pas été sans conséquence sur le pays. Ses impacts sont en effet visibles sous plusieurs aspects dont font partie l’environnent, l’économie, la culture et la politique.

Au niveau environnemental, l’urbanisation du Brésil ne s’est pas faite en une fois et le paysage urbain du pays a beaucoup évolué. En effet, au début du processus, il s’agissait surtout d’une urbanisation littorale qui s’est ensuite mutée en une urbanisation intérieure et généralisée, devenant alors plus concentrée[19]. Un élément est plutôt étonnant au niveau environnemental : malgré le fait que l’urbanisation brésilienne soit une des plus impressionnantes, le pays arrive à avoir un impact sur l’environnement moindre que d’autres grands pays[20]. En effet, les problèmes récurrents engendrés par l’urbanisation sont en général des problèmes de pollution tant au niveau de l’air que de l’eau ou encore une déforestation importante. Or, au Brésil, ce n’est qu’une minorité de la population qui est face à ce genre de difficultés. Cela ne veut pas pour autant dire que l’urbanisation brésilienne n’a aucun impact environnemental. La forêt amazonienne se voit partiellement sacrifiée au profit du développement des villes et une expansion agricole peut être observée au niveau de la savane[20]. Les conséquences environnementales, si elles sont moindres aujourd’hui, sont plus à craindre pour les prochaines années à cause notamment du développement de l’industrie et surtout de l’industrie automobile. Cela risque d’entrainer une pollution des villes beaucoup plus importante et par conséquent, une dégradation de l’environnement et une aggravation du phénomène de réchauffement climatique. Les problèmes de pollution proviendront notamment du fait que l’urbanisation du Brésil a été dans un premier temps très dense. Cela implique la nécessité de plus longs trajets et donc une augmentation de la quantité de gaz échappée dans l’environnement.

Au niveau socio-économique, un des gros problèmes auquel doit faire face le pays est la montée des inégalités entre les riches et les pauvres. En effet, l’urbanisation ne profite pas de la même manière à tout le monde et le fossé se creuse de plus en plus entre les régions. Le Sud-Est est la partie la plus urbanisée avec un taux de près de 83 % dans les années 1990 alors que le taux d’urbanisation du Nord Est, région la moins urbaine, n’atteignait à peine que les 50 %[19]. Pour avoir un ordre d’idée, le taux moyen d’urbanisation du pays à l’époque était de 65 %. C’est surtout à partir des années 1960 que des différences significatives se sont fait ressentir entre les différentes régions. Un lien a alors pu être observé avec le niveau de modernisation. En effet, si le Sud Est était déjà à l’époque la partie du pays la plus urbanisée, c’était aussi la partie la plus moderne. Cette supériorité de la zone dans les deux domaines peut être expliquée par le fait que la région est le cœur industriel du pays comprenant les 3 grandes villes : Sao Paulo, Rio de Janeiro et Belo Horizonte[21]. Les inégalités se voient tant au niveau du développement qu’au niveau des richesses et marquent des différences également au niveau des classes sociales[21]. Tout cela crée une aggravation de la paupérisation, une augmentation du nombre de bidonvilles et de favélas, un sentiment d’insécurité accru et une diminution de la taille de la famille[22]. L’urbanisation poursuit cette inégalité de développement entre les régions en créant deux environnements bien différents. Pour les plus chanceux, ils bénéficient de l’urbanisation en pouvant vivre dans des quartiers urbains modernes mais pour les plus défavorisés, l’urbanisation les pousse dans des favelas. Ces quartiers urbains pauvres rencontrent de vraies difficultés avec notamment un accès à l’eau potable difficile, un manque de soins de santé ou encore le retour d’anciennes maladies[21]. Finalement, le nombre de bidonvilles est plus important que le taux d’urbanisation lui-même. Par exemple à Sao Paulo, entre 1970 et 1980, la population vivant dans des bidonvilles a été multipliée par 10. À Rio, en 1950, il y avait 7 % de la population qui vivait dans des bidonvilles. En 1980, ils étaient plus de 30 %[23]. Tous ces problèmes de pauvreté et d’abris précaires proviennent notamment du phénomène de bas salaires, du manque de politiques efficaces en matière de pauvreté et de logement[23].

En bref, si l’urbanisation brésilienne a été remarquable tant par sa vitesse que par son importance, le bénéfice que cela apporte au pays doit donc tout de même être relativisé. Ce phénomène aurait pu être beaucoup plus bénéfique si le pays avait réussi à mettre en place parallèlement des politiques efficaces. Cela a cependant permis au Brésil de se placer sur la scène internationale notamment au niveau du commerce et devenir un des pays incontournables en la matière grâce entre autres au fait que l’urbanisation aura permis au pays de posséder le parc industriel le plus grand d’Amérique latine[20].

Chine[modifier | modifier le code]

La Chine semble être une bonne représentation de l’urbanisation asiatique. L'accroissement de sa population urbaine se caractérise par un accroissement naturel de la population ainsi que par un exode rural assez important. De plus, de nombreuses zones rurales (les bourgs) deviennent urbaines à la suite d'un développement important d’infrastructures urbanisantes. L'urbanisation de la Chine est donc relativement rapide et plus qu'ailleurs, planifiée. En effet, c’est à la fin des années 1970 que le gouvernement chinois engage les réformes nécessaires au passage d’une économie planifiée à une économie de marché. Ceci entraîne une croissance économique importante mais celle-ci n’est pas uniforme : elle se concentre essentiellement sur les villes de l’Est. Les villes chinoises se sont, du coup, occidentalisées tant dans leur aspect économique que social. Cette croissance industrielle, principalement observée dans les villes, a permis à la Chine de se hisser jusqu’au statut d’atelier du monde. Malgré le fait que tous ces changements aient été bénéfiques pour l’économie chinoise, ceux-ci sont tout de même porteurs d’effets pervers et de conséquences non négligeables.

La première conséquence de cette urbanisation est de l’ordre du socio-économique. Le développement accéléré et inégal des villes chinoises a entraîné de nombreuses disparités. En effet, les villes de l’Est étant devenues très attractives, même pour les populations rurales et pauvres de l’Ouest, un exode rural s’est engagé. Les populations pauvres issues de ces migrations ont alors trouvé du travail, principalement dans les usines et dans le secteur de la construction mais malgré cette participation active au marché du travail, elles ne sont pas considérées comme citoyennes à part entière[24]. Bien que leur installation en ville soit souhaitée (le développement de l’industrie chinoise nécessite une main d’œuvre importante), elles n’ont donc pas accès aux services sociaux, sanitaires et publics (de transports et autres). Elles ont donc été victimes d’une forme de ségrégation. Une partie de cette population, animée par un sentiment de rejet, a basculé dans la délinquance urbaine. Pendant ce temps, le reste de la population migrante, pour surmonter cette exclusion et éviter de tomber dans la criminalité, a dû mettre en place divers services utiles à la communauté (des petits commerces familiaux, des hôpitaux, des écoles, des crèches…) parallèlement aux services officiels auxquels elle n’a pas accès. Une sorte d’économie informelle s’est donc progressivement mise en place. Les populations migrantes sont donc « décalées de la ligne étatique », ce qui crée une sorte d’urbanisation à deux vitesses. Cependant, leur taux de chômage est faible voire nul et la croissance de leurs « villages » est élevée[24].

Mais outre ces problèmes d’exclusions, l’urbanisation chinoise entraîne aussi des problèmes environnementaux très conséquents. L’ampleur des problèmes liés à cette à la croissance économique et à la détérioration de l’environnement s’est accentuée avec la réforme économique de 1978, même si ceux-ci existaient déjà auparavant. La Chine est aujourd’hui, et ce depuis 2006, le premier émetteur de gaz à effet de serre (près de 22 % du total mondial des émissions)[25]. En 2025, elle sera responsable d’un quart des émissions de CO2[26]. « Tous les indicateurs permettant d’évaluer la gravité des problèmes environnementaux en Chine présentent des valeurs inquiétantes ». Mais les Chinois n’ont pas tous le même niveau de responsabilité dans cette crise environnementale. La population urbaine, qui a crû encore plus que proportionnellement à sa population totale, pollue bien plus que ses voisins ruraux[25]. Les villes sont donc, bien plus que les campagnes, au centre des préoccupations en matière de développement durable. Depuis la réforme, le secteur de la construction s’est énormément développé (« celui-ci représente près de 9% du PIB chinois »). Chaque année depuis 2000, près d’un milliard de mètres carrés est construit et ce, pour la grande majorité, en zone urbaine. La demande en matière d’énergie du secteur résidentiel ne fait qu’augmenter « et devrait tripler, voire quadrupler, d’ici 2030, entraînant une hausse proportionnelle des émissions de CO2 ». Le gouvernement chinois, plus que jamais conscient de ce problème, « a promulgué des normes en faveur de l’efficacité énergétique dans ce secteur résidentiel ». Il faudra, par exemple, améliorer l’efficacité thermique des nouveaux logements… Le gouvernement chinois, auparavant inactif face à cette crise environnementale, a maintenant mis en place un appareil de protection. Celui-ci se base sur la mise en place d’une conscience collective, d’un système éducatif et de technologies moins polluantes, le but étant d’atténuer, progressivement, les conséquences de cette surexploitation et de ces émissions excessives. C’est aux autorités provinciales de déterminer les moyens pour atteindre ces objectifs. Le respect des nouvelles normes va donc d’abord dépendre de la compréhension des enjeux par les fonctionnaires provinciaux. Cependant, malgré cette volonté de résorber cette « crise environnementale », la croissance économique est et restera le premier objectif des autorités, les normes en matière d’environnement sont donc reléguées au second plan.

Rwanda[modifier | modifier le code]

Sur le plan démographique, aucun autre continent n'évolue plus vite que l'Afrique[27]. Comme les statistiques le démontrent, sa population totale a été multipliée par quatre et sa population urbaine par onze. De 14,5 % en 1950, le taux d’urbanisation est passé à 25,7 % en 1975, 38,7 % en 2007 et est projeté à 47,2 % et 61,8 % respectivement en 2025 et 2050[28]. Le Rwanda, n'échappe pas à cette règle. Ce pays peut donc servir à comprendre l’impact de l’urbanisation sur les pays en voie de développement africains. L'urbanisation du Rwanda avant son indépendance, c'est-à-dire en 1962, était lente car la priorité était donnée au développement des campagnes. Son taux d'urbanisation n'était que de 2,4 %, à la veille de son indépendance[27]. À partir de cette date, le pays va connaitre un exode rural en particulier vers la ville de Kigali. Alors qu'en 1970, la population urbaine du Rwanda était estimée à 125 460 habitants, force est de constater que 45 % de ceux-ci étaient dans la ville de Kigali. Dès lors, le taux d'urbanisation s'est accéléré passant de 3 % en 1970 à 4,5 % en 1978, 5,6 % en 1991 et 16,9 % en 2002[29]. Les raisons de cette croissance de l’urbanisation sont multiples. D'une part, comme dans toutes les villes africaines, il faut mentionner l'exode rural datant de la période d'indépendance et s'intensifiant actuellement pour des raisons principalement socio-économiques, comme la recherche d’emploi par les jeunes fuyant leur campagne pour s’installer en ville où ils trouvent beaucoup de services et d’industries. D'autre part, l'instabilité politique et les guerres très fréquentes sur le continent africain accroissent également la concentration de la population dans les villes considérées comme des lieux refuge[27]. En guise d'exemple, au Rwanda, la guerre de 1990 et le génocide de 1994 ont causé une perte en vies humaines importante ainsi que l'exil massif vers les pays frontaliers de sorte qu'en 1994, la population de Kigali était estimée à 50.000 habitants. Moins de 20 ans plus tard, cette population est estimée à plus d'un million, c'est-à-dire une augmentation de plus de 20 % par an. S’ajoute également le retour massif des réfugiés en 1994 et 1996, qui se sont directement installés en ville au lieu de rejoindre leurs villes natales et qui ont accru le nombre d’habitants de Kigali. D’autre part, il y a également le fait de l’alimentation de la ville de Kigali par les migrants à la suite du règlement de comptes de la période post génocide ainsi que la guerre des infiltrés au Nord du pays de 1997 à 2007.

Comme pour les autres pays, cette urbanisation n'est pas sans conséquences au niveau environnemental. Tout d’abord, une pollution de l’environnement causée entre autres par les déchets peut être remarquée. En effet, la ville de Kigali produit environ 450 tonnes de déchets par jour mais seuls 50 % sont ramassés. En plus de cela, il faut ajouter le problème de non séparation entre les déchets potentiellement dangereux des industries et des hôpitaux. Ensuite, il apparaît que le sous-dimensionnement des installations des évacuations des eaux est source fréquente d’inondations dans la ville[30]. Ces dernières sont causées par l’entassement des ordures dans les lits de rivières empêchant l’écoulement normal des eaux. Enfin, il y a les nombreux quartiers précaires dus à la mauvaise qualité des constructions compte tenu de l’explosion démographique que connait la ville de Kigali.

Au niveau socio-économique, l’urbanisation au Rwanda cause beaucoup d’inégalités au niveau de la population surtout dans la ville de Kigali. Ces inégalités sont remarquées entre les quartiers occupés par les riches et l’ensemble des personnes issues de la diaspora. Il faut citer entre autres, les quartiers comme Nyarutarama et Gacuriro pour les riches d’un côté et de l’autre côté ceux occupés par les pauvres pour la majorité des natifs de la ville de Kigali. Il y a également les quartiers comme Kimicanga et Kimisagara. D’autres exemples existent. Dans les années 1983, le service de l’urbanisme avait imposé la construction des maisons de haut ou moyen standing dans les parcelles loties. Pour cela, la population pauvre se concentra massivement dans les zones périphériques de Gikondo, Kanombe, Kimisange[31]. À cela s’ajoute le problème de la spéculation foncière[32]. Du point de vue culturel, en plus de la carence et des logements qui coutent cher en ville, le rwandais n’a pas pour habitude de louer son logement pour longtemps, il a plutôt tendance à construire sa propre maison et à choisir son voisin et non à vivre dans les buildings. Cela n’est pas facile pour le gouvernement qui doit lutter contre les résistants à cette politique que beaucoup qualifient de copie à l’Europe. À ce problème de trouver un logement privatif pour tous s’ajoute la croissance démographique. Le Rwanda est caractérisé par une population jeune étant donné que seulement 2,4 % ont plus de 64 ans, 54,7 % ont entre 15 et 65 ans, tandis que 42,9 % ont moins de 15 ans. Cette grande proportion de la population jeune rwandaise, constitue une source dynamique de la démographie à cause de son potentiel de reproduction et ce dernier est un des facteurs important de l’urbanisation dans les pays africains.

Des solutions possibles : la « ville verte » de Fribourg (Allemagne)[modifier | modifier le code]

Afin de profiter des avantages offerts par l’urbanisation tout en limitant, voire en évitant, tout désagrément, les autorités de la ville de Fribourg ont décidé d’en faire une « ville verte ». En plus de profiter écologiquement à la planète, la ville, pionnière en la matière, a également vu son économie s’améliorer avec une croissance soutenue et un taux d’emploi plus que satisfaisant[33].

  • Élément déclencheur : en 1986, à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, les autorités de la ville ont opté pour une dénucléarisation et une focalisation sur le soleil en tant qu’énergie principale. Durant la même année, Fribourg sera la première ville allemande à mettre sur pied un Bureau de Protection de l’Environnement[33].
  • Moyens de transport : entre 1982 et 1999, la fréquentation des transports publics a connu une augmentation de 7 % passant ainsi de 11 à 18 %. Au total, c’est environ 70 % des déplacements qui se font avec un autre moyen de transport que la voiture[34]. Pour y arriver, des efforts ont tout d’abord été faits en matière de transports urbains. Dans ce domaine, la ville voulait réduire la circulation des voitures au profit de l’utilisation du vélo et même des voies piétonnes, en vue de diminuer l’émission de gaz d’échappement mais également la pollution sonore. La ville a également développé un important réseau de transports publics, aménagé des places de parking au bord des zones piétonnes et canalisé le trafic automobile. Tout est fait pour que les citoyens laissent leur voiture au profit de moyens de transport moins néfastes pour l’environnement. Un des objectifs de la ville à long terme est de réduire de 40 % les émissions de CO2 d’ici 2030. Il apparaît toutefois que cet objectif soit quelque peu difficile à atteindre.
  • Énergie : les autorités communales, dès 1986, ont visé dans un premier temps la maîtrise de l’énergie, c’est-à-dire une économie maximale de cette dernière via l’isolation des bâtiments, l’utilisation d’appareils ménagers plus économes. Dans un deuxième temps, la ville s’est penchée sur le développement des énergies renouvelables avec notamment des installations de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments publics et privés mais aussi le développement de parcs éoliens. Finalement, la ville a adopté des technologies énergétiques efficaces[34]. Un des objectifs de la ville pour 2010 était de produire 10 % de son électricité à partir des énergies renouvelables. Cet objectif n’a malheureusement pas été atteint.
  • L’éducation : la ville veut conscientiser les habitants aux problèmes environnementaux dès le plus jeune âge. Aujourd’hui, la plupart des citoyens sont engagés plus ou moins directement dans le projet de « ville verte » avec notamment une grande partie d’entre eux occupant des emplois liés à l’énergie verte.
  • Déchet : en ce qui concerne les déchets, la ville veut rester la plus propre possible en évitant tout déchet inutile. Le tri sélectif est donc d’application pour tous citoyens de la ville[33]. Cela en fait la ville la moins productrice de déchets de toute l’Allemagne. Fribourg mise également beaucoup sur la réutilisation et la récupération maximale de chaque produit et favorise donc, naturellement, le papier recyclé mais aussi les couches pour bébés lavables et non plus jetables. Les citoyens privilégiant le recyclage se voient également octroyer des primes, ce qui les encourage vivement.
  • Bilan : malgré tous les efforts mis en place, il apparaît que l’expérience présente quelques limites. En effet, si la pollution a quelque peu pu être réduite grâce la limitation de la circulation, la pollution atmosphérique est encore un problème bien présent et la dégradation des forêts se poursuit. Cela est notamment dû au fait que le trafic routier augmente (en grande partie à cause du tourisme et du fait que de plus en plus de gens soient attirés par le concept de « ville verte ») et qu’aucune politique locale ou même européenne n’a été mise en place pour endiguer ce problème. De plus, les moyens dont dispose la ville pour développer les projets écologiques restent limités. Fribourg envisage alors de confier certains projets à des organismes privés. Une autre limite est que si les citoyens sont invités à s’investir personnellement dans le projet, finalement, les autorités politiques ne sont pas tout à fait disposées à les faire complètement participer à l’idée. Enfin, le projet, outre les limites exposées ci-dessus, doit également faire face à certains obstacles. En effet, alors que la ville pourrait être un modèle pour l’Allemagne entière et même l’Europe, les politiques locales, notamment en matière de déchet, n’arrivent pas au niveau national. De plus, les politiques européennes en matière d’agriculture ou d’énergie peuvent venir réduire les efforts fournis par Fribourg[34], leur valeur juridique étant supérieure à celle des décisions locales.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Carte de l'urbanisation par pays en 2006.
La ville verte de Fribourg
  1. ↑« Urbanisation — Géoconfluences », sur geoconfluences.ens-lyon.fr(consulté le 17 octobre 2017)
  2. a, b et cJean-Pierre Paulet, Géographie urbaine, Armand Colin, , 120 p.(ISBN 9782200355722), p.101-102
  3. ↑Site entièrement dédié à l'archéologie de la culture Cucuteni-Trypillia, http://www.trypillia.com
  4. a et bGeorges Duby, Histoire de la France urbaine, Seuil
  5. ↑« Plus de la moitié de la population mondiale vit désormais dans des villes – ONU »
  6. ↑« palmarès : les plus grandes villes du monde »
  7. ↑« La submersion de la côte d'Azur : touristisation et urbanisation »
  8. a, b, c et dDAMON_J..2C_.282011.29.2C_.C2.AB_L.E2.80.99urbanisation_du_monde_:_espoirs_et_menaces_.C2.BB.2C_Sciences_Humaines.2C_231_:_22-27.
  9. a et bVERON J., (2006), « L’urbanisation du monde », Alternatives internationales, 32 :128
  10. ↑(it) Pileri Paolo, « Consumo di suolo, consumo di futuro », Urbanistica, n° 138,‎ , p. 81‑117.
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